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De Éditions Paul-Martial
Informations Générales

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Photographe : L. Bontemps
Support : Papier baryté au gélatino argentique
Dimensions : 24x17 cm
Entreprise : Dupré Lafon
Date : Janvier 1933
Lieu : Inconnu

Mobilier et agencement de salle à manger

Paul Dupré-Lafon est un architecte et décorateur français, né à Marseille le 17 juin 1900 et mort à Deauville en décembre 1971. Il s'illustre principalement dans des réalisations de meubles et d'immeubles de style Art déco, parmi lesquels le siège social de la maison Weill réalisé à proximité de Montmartre en 1924.


Paul Dupré-Lafon est né à Marseille, le 17 juin 1900. Fils d'Edmond Dupré et de Valentine Lafon, il est l'héritier d'une lignée d'industriels et de négociants marseillais. Après des études secondaires chez les jésuites, il choisit la carrière artistique et suit l'enseignement de l'école des Beaux-Arts de Marseille. Avec son ami Georges Willameur, il peint et expose quelques toiles dans les galeries de la ville.

Diplômé en 1923, il s'établit à Paris comme architecte et décorateur. Il retrouve Georges Willameur qui lui présente ses premiers clients. Datés de 1925, les meubles de ses débuts sont marqués d'un style Art déco austère et bourgeois dans la manière du décorateur Jules Leleu. En 1929, il est chargé des travaux de décoration pour un hôtel particulier donnant sur le parc Monceau. Cet immense chantier, l'un des plus importants programmes de décoration privée de l'époque, sera déterminant dans la carrière de Paul Dupré-Lafon. L'ensemble montre le travail d'un décorateur accompli, maîtrisant avec une rare finesse son sujet. Celui-ci définit un intérieur foncièrement moderne, pensé suivant des principes rationnels et fonctionnalistes. Les espaces sont clairs et lisibles au premier regard. Peu nombreux, les meubles répondent à une utilité bien précise et s'intègrent, comme des éléments statiques, au sein du volume. Ne comportant aucun élément ornemental, le mobilier est avant tout pensé et construit suivant un certain nombre d'assemblages. Chaque élément est justifié par une exigence technique ou fonctionnelle. Ces exigences, loin d'être des contraintes, engendrent une véritable esthétique. Les détails techniques, vis et boulons, ne sont pas dissimulés mais clairement affichés comme autant d'ornements et traités dans des matériaux nobles. La doctrine du fonctionnalisme, que l'avant-garde veut imposer en tant qu'éthique de la décoration, est abordée par Dupré-Lafon comme le style du monde contemporain. Les considérations sociales, les problèmes de l'habitat collectif qui sous-tendent le discours du mouvement moderne sont complètement absents de son projet. D'ailleurs la simplicité des meubles de Dupré-Lafon cache le grand raffinement et la sophistication du choix et du travail des matières. Les essences rares, la loupe de noyer, l'ébène de macassar sont utilisées, mais il privilégie plutôt des matières nobles comme le chêne qu'il brosse, sable ou patine au ciment. Il aime également jouer sur la variété des couleurs du bois et choisit, par exemple, des pins d'Amérique, blonds, roux ou roses. Il conserve de l'époque Art déco un attachement aux matières naturelles comme le parchemin et le cuir, et il les associe sans réserve au travertin et à des matériaux comme le verre, la céramique et surtout le métal. Certains de ces matériaux sont également repris pour lambrisser les grandes surfaces nues des murs. Soucieux d'une qualité d'exécution impeccable, Paul Dupré-Lafon confie la réalisation de ses meubles aux meilleurs artisans du faubourg Saint-Antoine. Plus tard, il s'attachera les services d'un ancien chef d'atelier du décorateur Jacques-Émile Ruhlmann (1879-1933).

Le succès de l'hôtel particulier du parc Monceau lui attire une clientèle prestigieuse et fortunée qui lui vaut le titre d'« architecte des millionnaires ». Travaillant au rythme de ses commandes, Paul Dupré-Lafon ne possède pas de galerie pour le représenter. Personnage discret, il poursuit sa carrière en marge de son milieu professionnel, sans prendre part aux expositions et aux Salons. Sollicité essentiellement pour des chantiers luxueux et de grandes dimensions, il poursuit dans cette voie d'une synthèse du courant moderne et de la tradition française, l'enrichissant de nouveaux matériaux et multipliant les combinaisons.

Mobilisé pendant la guerre, il ne retournera à ses activités de décorateur et d'architecte qu'une fois l'armistice signé en 1940. Les commandes reprennent rapidement, mais il ne retrouve pas de chantiers de grande ampleur et est contraint d'accepter d'aménager les sièges sociaux de grandes entreprises ou de meubler des magasins de luxe. Il dessine une gamme d'accessoires de bureau gainés de cuir que la maison Hermès fabrique et diffuse pendant plusieurs années. Son style qui a atteint désormais une dimension presque classique face à l'émergence du design évolue assez peu. Les formes gagnent en simplicité mais conservent leur solennité. Dupré-Lafon délaisse certaines matières trop coûteuses, notamment pour le décor des lambris, et utilise des bois exotiques et du linoléum. Absent jusqu'ici, l'ornement fait son apparition avec l'ajout de motifs décoratifs composés à partir de clous en métal doré ou argenté, d'étoiles en bronze mais aussi de tissus brodés. Ils adoucissent l'austérité des meubles et leur permettent de s'identifier aux années 1950.

À partir de 1960, l'activité de Paul Dupré-Lafon se réduit considérablement comme celles de la plupart des décorateurs qui ne parviennent pas à faire face à la concurrence des meubles de série de grands designers étrangers. Il meurt subitement en 1971, alors qu'il achève la décoration d'une grande villa, à Deauville, en Normandie.


Source : Pierre-Emmanuel MARTIN-VIVIER, « DUPRÉ-LAFON PAUL - (1900-1971) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2016. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/paul-dupre-lafon/



Bibliographie

Thierry Couvrat Desvergnes, Dupré-Lafon, Décorateur des millionnaires, Paris, Richer, Éditions de l'Amateur, 1990.

Bruno Foucart, Jean-Louis Gailletin et Yves Gastou, Les Décorateurs des années 1940, ouvrage publié à l'occasion de l'exposition organisée au centre culturel de Boulogne-Billancourt du 17 novembre 1998 au 16 janvier 1999, Paris, Norma, 1998.