Le fonds SIEMENS VAI

De Fonds SIEMENS VAI

Le fonds

Le fonds photographique VAI-Siemens est cédé en novembre 2014 à la municipalité de Saint-Étienne par l’entreprise alors nommée Siemens VAI Metals Technologies.

Il « représente l’héritage des entreprises fondatrices de SIEMENS VAI Montbrison, à savoir, Chavanne-Brun, entreprise de fonderie et de construction mécanique fondée à Saint-Chamond en 1865, CLESID et CLECIM, émanations de Creusot-Loire, ayant pour origine au sein de la SFAC du Creusot, les sociétés Chavanne-Delattre (suite de Chavanne-Brun) et SECIM. L’essentiel du fonds figure les ateliers et surtout les productions de Chavanne-Brun Montbrison depuis la création de l’usine en 1917, jusqu’aux années 1990 ». (Extrait du registre des délibérations du conseil municipal, novembre 2014.)

Le fonds se compose majoritairement de tirages papier, noir et blanc et couleur, généralement collés dans des albums ou des classeurs d’archives, parfois réunis dans des enveloppes en vrac. Il comporte également plusieurs centaines de plaques de verre et de négatifs souples, ainsi que des documents iconographiques dessinés : élévations et bleus. La quasi totalité des 1500 tirages a été numérisée en très haute définition par le CIEREC en 2014 et constitue l’ensemble présenté ici.

Le fonds est désormais conservé au Musée d’Art et d’industrie de Saint-Étienne et peut être mis en relation avec les Archives Chavanne (78 J) conservées aux Archives Départementales de la Loire.

L’historique des entreprises

Les tirages papier se présentent sur différents types de support qui supposent trois périodes différentes. En premier lieu, deux gros albums de cuir figurent les ateliers des entreprises Delattre puis Delattre & Frouard, contemporaines de la naissance de Chavanne-Brun à Saint-Chamond, entre 1870 et 1900. Vient ensuite une série de classeurs d’archives présentant l’activité du site montbrisonnais de Chavanne-Brun, concentrée entre 1920 et 1940. Les clichés rassemblés en vrac ou collés dans l’album couleurs montrent enfin l’activité tardive de l’entreprise alors devenue SECIM, à partir des années 50, lorsqu’avaient commencé les fusions au sein de la filière métallurgique française, puis mondiale.


Delattre & Frouard

Les établissements Augustin Delattre & Cie furent fondés par Augustin Delattre en 1873 à Ferrière-la-Grande et fabriquaient des appareils de levage. En 1907, Edouard Delattre, fils d’Augustin, reprend la société qui devient les Etablissements Edouard Delattre & Cie. Elle fabrique alors des « appareils entrant dans les installations de hauts-fourneaux, aciéries et laminoirs ». En 1911, à Nancy, deux géants lorrains de l’acier fondent la Société Anonyme pour la Fabrication des Cylindres et Laminoirs (SAPFCL) : Jules Mounier & Cie à Frouard et Lothringer Walzengiesserei Actiongesellschaft à Busendorf, alors en Allemagne. Delattre & Cie s’allient à cette société financière, ainsi que d’autres entreprises du nord et de l’est : les Hauts-Fourneaux de Pont-à-Mousson et les fonderies Sougland dans l’Aisne, spécialisées dans les poêles et fourneaux.

En 1913, la SAPFCL absorbe les Hauts-Fourneaux de Rouen. Cette période est une période d’expansion et de prospérité pour l’acier du Nord et de l’Est : la SAPFCL achète la fonte allemande et revend les cylindres aux usines françaises. Tout va être bouleversé avec la première guerre mondiale. Si jusqu’en 1917, les usines sont propulsées « établissements travaillant pour la Défense Nationale », elles vont rapidement arriver à court de fonte allemande, et l’acier produit sur le territoire ne suffit pas. À la sortie de la guerre, les usines de la SAPFCL ont licencié de nombreux ouvriers, et l’heure est à la reconstruction. En 1919, c’est alors la création de Delattre & Frouard Réunis, au sein de laquelle les usines de Ferrière-la-Grande et celles de Sougland sont absorbées pour devenir la Division du Nord, Chaudronnerie et mécanique. C’est cette division qu’on retrouvera plus tard, lors de la création de la SECIM en 1947.


Chavanne-Brun

Étienne Chavanne fut un pionnier dans la fabrication de cylindres en fonte trempée en France. Il fonda son entreprise dans les années 1860 à Saint-Chamond et fut l’un des rares producteurs français de cylindres pour toutes formes d’industries naissantes : papèteries, tissage, métallurgie, travaux publics. Dans les années 1890, c’est Irénée, l’un des cinq fils d’Etienne Chavanne, qui reprend la société. En 1913, les fils et gendres de ce dernier fondent la Société Anonyme des Anciens Etablissements Chavanne-Brun Frères.

Durant le conflit de 1914, Chavanne-Brun Frères fut elle aussi chargée d’une mission de guerre : la fabrication des obus dans les usines de Saint-Chamond, mais elle ne délaissa pas ses autres activités de métallurgie, et les développa même. À la fin de la guerre, « la société Chavanne-Brun Frères devenait ainsi  la première en France à pouvoir installer le matériel complet pour la fabrication des tôles en bande depuis les gros fours de fusion jusqu’aux laminoirs délivrant le produit fini ». À tel point qu’au sortir de la guerre, en 1918, la place manquait dans les ateliers de Saint-Chamond, et fut décidée la construction d’une nouvelle usine à Montbrison.

Durant de nombreuses décennies, le travail des usines Chavanne-Brun fut internationalement reconnu, un article de 1927 consacré au Matériel agricole à l’exposition internationale du Caoutchouc stipulant même que les « cylindres de Saint-Chamond [étaient] inégalables dans le monde ».


SECIM et CLESID

La crise des années 30 puis la seconde guerre mondiale marquent les premiers coups de piolet dans les temples de l’aciérie française. La production devient plus difficile et les rapprochements vont s’accélérer. C’est en 1947 que va se faire la jonction entre les usines nordistes de Ferrière-la-Grande et les usines ligériennes de Montbrison et Saint-Chamond ; la SECIM, Société pour l’Étude et la Construction d’Installations Métallurgiques est créée entre Léon Boulez (chef du bureau d’étude de Chavanne-Brun à Montbrison) et Edmond Goué (chef du bureau d’étude à Ferrière-la-Grande). Les entreprises étaient des concurrentes de longue date. À l’issue du premier conflit mondial déjà, des courriers échangés entre les actionnaires se réjouissent des difficultés du site de Maubeuge, dévasté. Plus tard, dans les années vingt, des échanges entre un actionnaire et un ingénieur témoignent de repérages techniques dans les usines de Delattre & Frouard à Bouzonville. En 1937, c’est un reporter dépêché par Chavanne-Brun à l’assemblée générale des actionnaires de Delattre & Frouard qui se voit promptement évincé, allant jusqu’à porter plainte. La création de la SECIM, dont les pourparlers commencent dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, entérinent donc une relation longue et tumultueuse entre les deux firmes.

C’est sous l’égide de la SECIM que Chavanne-Brun participera au projet grandiose de construction d’un centre sidérurgique fourni clef en main à Paz-de-Rio en Colombie. Sur ce plateau désertique, à plus de 2000 m d’altitude, un contrat signé entre le gouvernement de Colombie, l’Etat français et quelques géants de l’acier français prévoyant l’implantation d’ « une cokerie de 43 fours, un haut-fourneau de 500 tonnes, une aciérie Thomas, deux trains de laminoirs, une tréfilerie, une centrale thermique. » Le site fonctionne encore aujourd’hui sous le nom de Acerías Paz Del Rio.

Mais ces projets pharaoniques ne permettent pas la survie de ces anciennes industries familiales. En 1959, Delattre & Frouard fusionnent avec Levivier et la SECIM disparaît en tant que société d’étude : les usines de Ferrière-la-Grande et de Montbrison constituent alors la Division Laminoirs de Delattre-Levivier, le site de Saint-Chamond poursuivant quant à lui une activité de niche avec les petits laminoirs et les fontes spéciales.

Les fusions et les reventes de divisions s’enchaînent alors. Lorsque Schneider devient actionnaire majoritaire au sein de Delattre-Levivier en 1963, une nouvelle SECIM est fondée, regroupant Ferrière-la-Grande et Montbrison, et pouvant solliciter la Société des Forges et Aciéries du Creusot. En 1982, Creusot-Loire fonde CLECIM en réunissant la CLESID, la SECIM, le département sidérurgique de Delattre-Levivier et la division métallurgique de Creusot-Loire.

Les années 90 marquent le sceau du déclin de la sidérurgie française et de l’essor de la mondialisation. CLECIM est rachetée par SPIE-Batignolles en 1984, qui la cède en 1990 à Davy-Metals. Davy-Metals est rachetée par Trafalgar-House en 1991, CLECIM devenant Davy-CLECIM. C’est le groupe Kvaerner qui la rachète en 1996. Elle devient alors Kvaerner-CLECIM avant de devenir VAI-CLECIM lors de son rachat en 1999 par VAI. En 2005, après de multiples OPA, Siemens absorbe VATECH, alors actionnaire de VAI. VAI-CLECIM devient alors VAI-Siemens, l’une des très nombreuses sociétés du géant Siemens.